Auteur : Asthom - Thomas MADER

L’amour d’une mère envers son enfant n’a aucune limite. Lorsqu’il s’agit de protéger son être le plus cher d’un terrible quotidien, une maman est prête à tout. C’est cela que fit la mère d’Elkiu il y a des années de cela, en maquillant la vérité en contes et légendes.

Quelques années plus tôt… An 321 après Grand Cataclysme, 7 août. Talgard, maison d’Elkiu – Crépuscule.

Une femme d’une trentaine d’années et au timbre de voix rassurant comptait maintes et maintes histoires depuis une bonne heure à une fillette. Toutes deux assises sur un lit d’enfant, la petite fille au visage joufflu, portant fièrement un noeud rose fait de soie dans ses cheveux châtains, réclamait sans cesse de nouvelles légendes sur les personnes qu’elle admire tant : les Dieux.

– Et c’est ainsi que la Déesse Étain et le Père Écu triomphèrent de leur ancien allié et ami et mirent fin à cette guerre qui opposait plusieurs Mondes. Pour montrer toute leur reconnaissance à leur égard, le peuple du Grand Tout leur attribua le titre de Déesse Mère et de Dieu Père et devinrent ensemble les régents de l’Univers.

– Encore maman ! Encore !

– Mère : Doucement ma belle Elkiu. Quelle histoire veux-tu que je te raconte ?

– Elkiu : Celle sur le Grand Cataclysme !

– Mère d’Elkiu : Le Grand Cataclysme ? Ne préfères-tu pas l’histoire des Amazones ?

– Elkiu : Bah si mais après celle-ci maman. Après, tu me raconteras l’histoire des Bénis hein maman ?

– Mère d’Elkiu : Hm… Ca me va. Sais-tu ce qu’est le Grand Cataclysme ma chérie ?

– Elkiu : Oui ! C’est quand euh… la Déesse Sainte-Boîboîte et les autres Dieux sont arrivés dans notre… Monde… ?

– Mère d’Elkiu : Tu y es presque ma puce.

– Elkiu : Mince !

– Mère d’Elkiu : ce n’est pas grave. Laisse-moi te raconter cette histoire… Il était une fois, six Grands Dieux qui succédèrent à la Déesse Mère Étain et au Dieu Père Écu quand ceux-ci disparurent. Il y avait la Déesse de la Lumière et de l’Ordre Sainte-Boîboîte, le Dieu de la Guerre et du Courage Saint-Couteau, la Déesse de la Nature et de la Magie Sainte-Fourchette, le Dieu des Éléments et de l’Illusion Saint-Couvercle, la Déesse de la Vie et de l’Esprit Sainte-Cuillère et le Dieu de la Mort et de l’Ombre Saint-Plateau. Avant de disparaître, la Déesse Mère Étain prit la décision de fermer les Portes du Grand Tout pour empêcher le Beni d’assouvir sa soif destructrice sur d’autres Mondes. Malheureusement, malgré toute la volonté de la régente, les Bénis réussirent à mener au déclin le Monde capital du Grand Tout, Adea’leim. Dans leur lutte, les six Dieux Contemporains imaginèrent de nombreuses solutions dont l’ultime recours : la destruction de leurs terres pour éviter que le Béni ne se propage davantage dans d’autres Mondes, bien qu’ils n’avaient aucun moyen de savoir si cela s’était déjà produit. Nombreuses batailles eurent lieu, mais nombreuses fut les défaites que les Dieux essuyèrent. Malgré ces échecs, les Dieux combattirent avec honneur et détermination comme ce fut toujours le cas. Mais hélas, ce ne fut suffisant. Bien, veux-tu lire la suite ?

– Elkiu : Oui !!! La… la… Déesse… Maman ? C’est quoi ce mot ?

– Mère d’Elkiu : Ha ha ha. Tu as encore des progrès à faire ma belle.

Le bruit de la sonnette de la maison retentissant interrompt la mère d’Elkiu.

– Mère d’Elkiu : Ne bouge pas d’ici, maman revient vite.

Cette dernière quitte la chambre d’enfant. Sa fille ne la quitte pas du regard jusqu’à qu’elle ait complètement disparu dans les escaliers faits de bois. La petite fille se retourne pour prendre son livre et aperçoit une grande dame aux longs cheveux blonds et vêtue d’une longue robe blanche qui se tient debout près d’elle. Elkiu la reconnaît immédiatement.

– Elkiu : Bonjour, grande madame aux grands yeux bleus. Je te reconnais, tu es la Déesse Sainte-Boîboîte. Tiens, regarde. Tu es ici.

La petite fille tend son livre à la Déesse en pointant du doigt une illustration de celle-ci..

– Déesse Sainte-Boîboîte : Oui, c’est bien moi.

– Elkiu : Mais ce n’est pas possible. Tu n’existes pas. J’dois être en train de rêver…

– Déesse Sainte-Boîboîte : Oui, un très joli rêve. Tu sais, un jour une Grande Dame m’a posé la question sur ma définition du réel. Pour toi, qu’est-ce que le réel ?

– Elkiu : Euh… Je ne sais pas moi, j’ai 6 ans !

– Déesse Sainte-Boîboîte : Ha ha, tu as raison. Aimes-tu les histoires ?

– Elkiu : Oh oui ! J’adore ça.

– Déesse Sainte-Boîboîte : Veux-tu que je t’en raconte une en attendant que ta maman revienne ?

– Elkiu : C’est quoi ?

– Déesse Sainte-Boîboîte : Une petite histoire sur la légende des Amazones.

– Elkiu : Oui ! Oui ! J’aime beaucoup les Amazones !

– Déesse Sainte-Boîboîte : Tu veux bien me faire une place à côté de toi ?

La fillette se décale légèrement pour laisser une place à la Déesse.

– Déesse Sainte-Boîboîte : Il y a des siècles de cela, la Déesse Mère Étain et moi-même, décidions de créer une magie si unique qu’elle serait capable de rivaliser avec la menace grandissante des Bénis. Ainsi furent choisies des femmes aux capacités à fort potentiel pour incarner les Amazones. Pendant des siècles, guerrières et magiciennes combattirent vaillamment pour contrer les sombres desseins de leurs ennemis de toujours. Au fil de leurs victoires, elles furent perçues comme le plus grand espoir qu’ait connu le Grand Tout contre le mal. Mais, toute magie à ses limites et nombreuses d’entres-elles perdirent la vie en luttant jusqu’à leur dernier souffle. Chaque bataille, chaque victoire ne faisait quefaire reculer les ténèbres. Mais la lumière aussi douce et puissante soit-elle n’a jamais pu les anéantir définitivement.

– Elkiu : Et bien moi j’y arriverai !

– Déesse Sainte-Boîboîte : Ha ha, je n’en doute pas un instant. Avant de partir, je tiens à t’offrir quelque chose de très précieux.

La Déesse sort de l’intérieur de sa manchette un pendentif fait entièrement d’or et de deux pierres bleues. A y regarder de plus près, le bijou se trouve être en réalité deux colliers reliés l’un à l’autre par un petit mécanisme de clipse.

La Grande Dame tend ce dernier à la petite fille.

– Elkiu : Oh… Il est joli.

– Déesse Sainte-Boîboîte : Ce collier est fait de deux parties. L’une sera pour toi. Quant à l’autre, tu pourras la donner à une personne qui compte beaucoup pour toi. Réfléchis-y bien.

– Elkiu : Pas la peine ! Je vais la donner à ma meilleure amie Emhayya !

– Déesse Sainte-Boîboîte : Très bon choix… À présent mon enfant, il est temps que ton rêve prenne fin.

– Elkiu : Oh déjà ? On commençait tout juste à s’amuser…

– Déesse Sainte-Boîboîte : Toutes les bonnes choses ont une fin, mais tu ne te souviendras pas de celle-là.

La Déesse murmure une suite de mots semblables à une incantation magique, puis disparaît dans un halo de lumière, laissant la petite fille seule et sans souvenirs de ces précédentes minutes, mais avec en sa possession le don de la Déesse de la Lumière.

La mère d’Elkiu revient à cet instant et s’installe près de sa fille.

– Mère d’Elkiu : Désolée ma puce, maman a mis plus de temps que prévu. Où en étions-nous ? Elkiu ?

– Elkiu : Hein ?

– Mère d’Elkiu : Tu vas bien ?

– Elkiu : Oui oui maman ! Pardon, j’avais la tête ailleurs. On en était là où les Dieux n’ont pas réussi à détruire les Bénis.

– Mère d’Elkiu : Bien. Surpassés et à court de solutions, les Dieux furent contraints de mettre en oeuvre leur ultime recours contre le fléau qu’est le Béni…

An 333 après Grand Cataclysme. Talgard, maison de fonction du GS Asthom — Crépuscule.

*Toc toc*

Asthom entre dans l’une des chambres d’amis de sa demeure où se tient son amie Elkiu assise au pied d’un lit une place, le regard rivé sur les lignes de texte d’un livre semblant ancien.

– Asthom : C’est prêt.

– Elkiu : Oui oui, une seconde.

– Asthom : Qu’est-ce que tu lis ?

– Elkiu : Une histoire sur le Grand Cataclysme que me lisait ma mère quand j’étais plus jeune. Écoute : « Lorsque le Vortex reliant le Monde du Dessus et le Monde du Dessous s’effondra sur lui-même, les Dieux eurent tout juste le temps d’ouvrir un portail magique menant dans des contrées lointaines, laissant derrière-eux, uniquement le Rien. »

– Asthom : C’est très gai tout ça.

– Elkiu : Ça a dû être une terrible épreuve…

– Asthom : Peut-être. Bon, ce n’est pas le tout, mais j’ai faim.

– Elkiu : Allons-y.

Tout en se relevant, Elkiu effleure le collier attaché à son cou où la seconde partie est manquante, essayant une énième fois de se souvenir comment elle l’avait obtenu par le passé. Ce n’était pas par sa mère, elle en est certaine. « Mais de qui alors ? », pense la jeune femme.

– Je ne le saurai peut-être jamais…

Quelques années plus tôt… An 321 après Grand Cataclysme, 7 août. Talgard, maison d’Elkiu — Crépuscule.

La mère et la fille venaient de quitter les lieux, laissant l’aube du crépuscule s’installer progressivement dans la chambre de la fillette. Peu à peu, la lumière du soleil couchant enveloppa le moindre recoin de la pièce.

Dès que l’obscurité envahit un portrait de famille accroché sur l’un des murs de la chambre, ce dernier s’inclina légèrement sur le côté droit. A l’arrière des personnes présentes sur l’image, une silhouette s’avance progressivement jusqu’à arriver aux bords du tableau. Dès lors, une sombre brune s’en dégage, laissant apparaître dans la pièce au centre d’un épais tourbillon de fumée noire une silhouette masculine. Le visage occulté d’un dense brouillard noir, l’homme se déplace à allure lente dans la chambre d’Elkiu en scrutant ses moindres recoins grâce à sa magie obscure. Une fois l’inspection terminée, ce dernier réplique sur un ton satisfait :

– Tu ne peux vraiment pas t’empêcher de fourrer ton nez partout, Sainte-Boîboîte. Parfait.

Et l’homme disparaît aussitôt comme il était apparu quelques secondes plus tôt.

Qu’importe la réponse à la question qu’il était venu cherché. Vraisemblablement, il l’avait obtenu.

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