Auteur : Asthom - Thomas MADER

Il y a 333 ans, le Grand Tout connut l’une de ses plus grandes crises. Le Monde d’Adea’leim, capitale de l’Univers, est tombé sous les assauts répétés d’ennemis ancestraux : les Bénis. Chaque année, la Cour Royale de Morilayn organise avec leur pays voisin, Nolziir, des festivités pour célébrer cette date à jamais gravée dans l’Histoire pour ne pas céder à la menace omniprésente de leurs ennemis de toujours.

An 333 après Grand Cataclysme, 11 septembre. Talgard – Journée.

Les Extracteurs arrivent aux abords du festival organisé à Talgard pour fêter le trois cent trente-troisième anniversaire du Grand Cataclysme. Pour l’occasion, la ville s’était transformée la veille en un lieu festif, ne laissant la place ni à la tristesse, ni à la peur.

– Damdam : Woaaaaah ! Mais c’est quoi ?

– Asthom : C’est une blague ?

– Damdam : Ben non, je n’ai pas fait de blague.

– Asthom : Et il est sérieux en plus…

– Liliana : Nous sommes au festival organisé par Talgard en hommage au Grand Cataclysme qui s’est produit il y a maintenant trois cent trente-trois années.

– Damdam : Ah ouuuuui ! Au quoi ?

– Asthom : Mais quel sombre crétin ! Tu ne sais pas ce qu’est le Grand Cataclysme ?! Évidemment que non ! Pourquoi je lui pose la question…

– Elkiu : Le Grand Cataclysme fait référence à la chute du Monde Capital du Grand Tout, Adea’leim, tombé aux mains des Bénis. Dès lors, après sa destruction, les Dieux Contemporains sont arrivés à Celestia, notre Monde.

– Damdam : Mais s’ils habitent chez nous, pourquoi on ne les voit jamais ?

– Liliana : Parce qu’ils ont décidé de ne plus intervenir dans les affaires du Grand Tout et de ses Mondes qui le constituent.

– Damdam : Un peu comme mon papa a décidé de quitter son travail de chef de Nioubibront.

– Asthom : Quoi ?! Ton père dirigeait cette ville ?!

– Damdam : Ben ouais pourquoi ?

– Pearl : Salut les bouseux !

La défenseuse Pearl croisée à de nombreuses reprises par la guilde des Extracteurs rapplique à leur côté.

– Pearl : Alors vous êtes venu défoncer des Bénis ?

– Elkiu : Pardon ?!

– Damdam : Des Bénis ?! Mais c’est quoi… ?

– Pearl : Mouais… Toujours un collector celui-là ! Bref, c’est un stand qui propose de cogner sur des répliques de ces merdes. Même que j’ai explosé le record !

– Asthom : Il est finalement venu ? Hm… Je n’ai pas été mis au courant.

– Pearl : C’est toi le GS qui a organisé tout ce bordel ?!

– Asthom : En partie, mais j’ai été aidé par les autres Grands Sages.

– Elkiu : Bref. Nous partons participer à une course à dos de marshmallowsaures. Souhaites-tu te joindre à notre équipe ?

– Pearl : Hm… J’ai réunion d’Alliance dans quinze minutes, ça va être coton… Okey ! Ces fientes devront se passer de moi !

Les Extracteurs déambulent à travers les rues de Talgard envahies de citoyens venus assister aux festivités du trois cent trente-troisième anniversaire du Grand Cataclysme.

Pour l’occasion, de nombreux marchands et forains ambulants ont, la veille, installé leurs stands et autres roulottes proposant de multiples activités variées telles que le chamboule tout, pièces de théâtre improvisées pour enfants ou pistes de bal. Le planning des Extracteurs était de participer à une course à dos de marshmallowsaures, des animaux à l’aspect de rhinocéros rose et bleu au corps fait de guimauve. Mais cela, c’est avant l’intervention du bien aimé crevard d’Asthom.

– Asthom : Oooh mais tiens que voilà.

Asthom désigne une petite tente de fortune sous laquelle se trouve une vieille dame assise, prête à lire l’avenir aux personnes venant la voir.

– Elkiu : Il est hors de question que je mette les pieds là-dedans.

– Asthom : Rhô allez, ça peut être marrant.

– Pearl : Cette moire daube l’arnaque à dix kilomètres !

– Elkiu : Pearl a raison. La magie de la divination est une forme de magie très très rare, très difficile à manier et encore plus à maîtriser. Je doute que cette petite vieille…

Alors qu’Asthom s’était rendu dans le gourbi de la voyante, il est rejoint par Liliana et Damdam, tous deux impatients de connaître ce que la vieille dame a à leur dire. Elkiu et Pearl se résignent à les suivre.

– Asthom : Alors. Qu’avez-vous à m’annoncer ? Vais-je devenir riche et célèbre ? Non mieux ! Est-ce que je dirigerais ce pays un jour ?

– Vieille dame : Vous vous êtes cru où jeune homme ?! Nous ne sommes pas chez mémé ici ! Bat les pattes de ma boule de cristal et apportez les pièces d’or.

– Asthom : Quelle malpolie !

– Liliana : Est-ce vous êtes une moire ?

– Vieille dame : Évidemment que je le suis. Pour qui me prenez-vous ?! Si vous souhaitez que je vous dévoile votre avenir, ça vous fera cinquante pièces d’or.

– Asthom : Pas de problème !

Asthom tend une bourse remplie de pièces d’or à la vieille dame.

– Liliana : Depuis quand le plus crevard que je connaisse lâche cinquante pièces d’or comme ça ?

– Asthom : Je m’accorde de temps en temps quelques petits extras vois-tu.

Le jeune GS chuchote.

– Asthom : S’ils savaient qu’en réalité c’était leur argent pillé dans le coffre de guilde…

– Elkiu : Bien. Vous avez voulu venir ici, assumez maintenant.

– Vieille dame : Hmmmmmmmmmm… Vous !

– Elkiu : Moi ?

– Vieille dame : Vous !

– Elkiu : Moi… ?

– Vieille dame : Oui oui… Vous ! Je peux vous prédire que vous deviendrez ce que vous êtes censé être.

– Pearl : T’as une idée de ce qu’elle raconte la sénile ?

– Elkiu : Non, pas la moindre.

– Asthom : Et moi ? Puis-je caresser l’espoir de… ?

– Vieille dame : Une minute ! Ça ne vient pas sur commande… AH !

– Asthom : Oui ?!

– Vieille dame : Non… AH !

– Asthom : Oui…

– Vieille dame : Vous obtiendrez ce que vous avez tant convoité… Mais je ne serai déjà plus de ce monde.

– Damdam : Woaaah ! C’est trop cool ! À moi maintenant.

– Vieille dame : Donnez-moi vos mains Damdam le Magicien.

– Damdam : Oh ! Elle sait comment je m’appelle. Elle est trop forte.

– Pearl : Eh ben, ça doit être difficile à supporter au quotidien Elkiu.

– Elkiu : Surtout quand les deux se côtoient…

– Vieille dame : Je vois… Je vois… Je vois… Ah bah non je ne vois rien.

– Damdam : Quoi ?! Comment ça vous ne voyez rien ?

– Vieille dame : Eh oui je ne vois rien.

– Damdam : Ça veut dire que je vais mourir ?!

– Asthom : Hey hey, tu vois, même elle dit que tu ne sers à rien.

– Elkiu : Bon, j’en ai assez entendu. Partons maintenant.

Tandis que Liliana, Damdam et Pearl quittent la tente de la voyante, cette dernière interpelle Asthom et Elkiu aussi sur le départ.

– Vieille dame : Attendez. Vous deux… Je sais que vous pensez que tout ce que je vous raconte n’est que mensonge, mais vous vous trompez.

– Elkiu : Alors que fait une moire dans ce gourbi ? D’autant plus que ça ne court plus vraiment les rues depuis des centaines d’années…

– Vieille dame : Après tout ce que j’ai pu voir avec ce don, ou plutôt ce fardeau, je préfère l’employer pour redonner de l’espoir aux gens. Au-delà des apparences, nous vivons des heures bien sombres. Ce qui se prépare, ce qui est inéluctable, se produira tôt ou tard.

– Asthom : Que voulez-vous dire… ?

– Vieille dame : Je l’ignore moi-même, mais je le sais. Vous savez, lire l’avenir est comme assembler un immense puzzle, pièce par pièce, avec pour chaque partie, une multitude de possibilités. Chaque choix fait influe le cours de la partie. Mais au final, toutes les branches se rejoignent et convergent vers un seul point : la fin.

– Asthom : La fin… ? Que voulez dire par là ?

– Vieille dame : Je ne vois plus rien après cela, et aucune prophétie n’a été capable d’aller par delà.

Sans prononcer le moindre mot, Elkiu se retourne pour s’apprêter à sortir.

– Vieille dame : Je vois… Avant que vous partiez, je souhaite vous offrir cette dernière prophétie. Je vous en prie, acceptez ce présent.

– Asthom : Nous vous écoutons.

– Vieille dame : Que vous le vouliez ou non, sachez que votre destin est à jamais lié. Un jour, vous serez amené à vous confronter l’un à l’autre…

Elkiu emboîte le pas à son ami et part de la tente. La vieille dame adresse un au revoir de sympathie à Asthom qui rejoint Elkiu.

– Elkiu : J’espère que tu ne vas pas croire ce qu’elle raconte ?!

– Asthom : Avoue que c’était quand même un peu troublant…

– Liliana : Quoi ? Qu’est-ce qu’elle vous a dit ?

– Elkiu : Un ramassis de conneries sans importance.

– Asthom : Que nos deux destins sont liés et que nous serons amenés à nous confronter l’un à l’autre.

– Elkiu : On se confronte déjà assez comme ça en s’engueulant tous les jours mon p’tit gars.

Un couple de personnes, un homme bien portant aux cheveux châtain court et une femme à la chevelure bleue et frisée aux formes généreuses venaient d’approcher Les Extracteurs. D’un timbre paisible et d’une voix inspirant la sympathie et la confiance, l’élémentaliste les salue.

– Coucou.

– Elkiu : Tyty !

Elkiu embrasse chaleureusement cette dernière comme une vieille amie.

– Asthom : Salut Eternyty. Lohengrin.

– Liliana : Que faites-vous ici ? Vous vous promenez ? La fête vous plaît ?

– Eternyty : Oui c’est trop beau ! Même que j’ai gagné plein de petits lots sympas à la tombola.

– Lohengrin : Tu oublies de mentionner la monture poulet…

– Eternyty : Ah oui ! Hihi.

– Lohengrin : Pff… Moi que dalle, zéro !

– Elkiu : Ne me dis pas que vous allez voir la voyante ?

– Eternyty : Si ! Pourquoi ?

– Elkiu : Ce n’est qu’un ramassis de conneries. N’y allez pas.

– Asthom : Enfin c’est ce qu’Elkiu pense…

– Lohengrin : C’est ce que je me tue à lui dire depuis dix minutes ! Mais comme d’habitude, madame n’en fait qu’à sa tête… Pff…

– Eternyty : Bouuuuh… Arnaqueuse !

– Lohengrin : Merveilleux ! Elle, on l’écoute, et pas moi… Pff…

Pearl, qui s’était éclipsé le temps de deux minutes, réapparaît en donnant de la voix, comme à son habitude.

– Pearl : Hey mais c’est mes deux petites bouses !

– Eternyty : Pepearl !

– Asthom : Vous vous connaissez ?

– Pearl : Mais oui triple buse ! Ils font partie de ma guilde.

– Asthom : Attends tu es chef de guilde ?! Comment s’appelle-t-elle ?

– Pearl : Les illuminés !

Asthom murmure.

– Asthom : Avec cette énergumène en chef, on ne peut pas faire mieux en nom…

– Pearl : Qu’est-ce qu’il dit l’autre perche ?!!!

– Elkiu : Et donc Lohengrin et toi êtes dans la guilde de Pearl. Depuis quand ? Je n’ai pas le souvenir que tu m’as parlé d’une guilde la dernière fois que je t’ai croisé Teter.

– Eternyty : Ça doit bien faire quelques mois. Hein Lolo ?

– Lohengrin : Mais qu’est-ce que j’en sais ?!

– Asthom : Toujours autant râleur.

– Lohengrin : Il a quoi le piniouf ?

– Eternyty : Dis-moi Elkiu, qui est ce charmant jeune homme qui vous accompagne ?

– Asthom : Charmant ?!

– Elkiu : Je te présente Damdam, une nouvelle recrue d’il y a peu.

– Eternyty : Coucou !

Une voix retentit dans des haut-parleurs disposés dans les rues de Talgard, interrompant la discussion des Extracteurs avec leurs amis.

– Jean-Kévin : Mesdames et Messieurs bonjour ! Je suis Jean-Kévin, votre fidèle serviteur. Je vous informe que les inscriptions pour le grand prix à dos de mashallowaures sont désormais closes. Dommage pour les retardataires. À une prochaine fois peut-être, ou pas ! Ha ha ha !

– Pearl : Oh la guigne !

– Jean-Kévin : Oh mais que vois-je ?! Ne serait-ce pas… ? Mais oui ! Le Roi Georges de la Foutaise et la Reine de Nolziir viennent de prendre place dans les gradins de la ligne de départ. Hm… Nous les voyons souvent ensemble ces derniers temps. Qu’est-ce que cela pourrait signifier ? Je vous laisse à vos suppositions chers spectateurs !

– Asthom : Voilà voilà.

– Elkiu : Vous aviez qu’à vous bouger.

– Eternyty : Lolo ! Je veux aller voir ces beaux mashallowsaures !

– Lohengrin : Bon… Nous sommes partis… Vous venez les pinoufs ?

– Elkiu : Autant profiter du spectacle…

Et la petite bande décampe pour rejoindre les gradins du grand prix à temps.

An 333 après Grand Cataclysme, 11 septembre. 22h30, Talgard, tente de la moire.

À la nuit tombée et à la fin des festivités, la vieille dame, précédemment rencontrée par les Extracteurs et se trouvant toujours sous sa tente à lire les pages d’un vieux grimoire, ressent subitement une présence néfaste.

– Vieille dame : Votre aura malveillante n’est pas la bienvenue en ces lieux. Partez !

Une silhouette masculine couverte d’une longue robe noire, dont il est impossible de distinguer son visage dissimulé derrière un amas de particules noires formant un épais brouillard, sort de derrière une paire de rideaux brodés et fait face à la vieille moire.

– Ce n’est pas une manière d’accueillir ses visiteurs !

– Vieille dame : Le Sorcier… Qu’est-ce que tu fais ici ?

– Le Sorcier : Je règle quelques petites affaires ici et là. La routine. D’ailleurs, cela sera mon dernier point d’arrêt de la journée.

– Vieille dame : Alors on en est là.

– Le Sorcier : Il se pourrait.

La moire dépose son grimoire sur une petite table en bois près d’elle puis se lève.

– Vieille dame : Depuis ce que tu as entrepris à Adea’leim, j’ai toujours su que ce jour viendrait. Et te voilà ce soir, face à moi.

– Le Sorcier : Hi hi hi hi ! Je vois que ma réputation me précède même dans ce Monde ! Cette tragédie. Toutefois, quelle ironie du sort ne trouves-tu pas ? Trois cent trente-trois ans jour pour jour après la trahison de tes soeurs moires par vos Dieux si chers. Vous ne l’aviez pas vu venir celle-là.

– Vieille dame : Si je dois bien me délecter d’une chose, c’est de voir que tu n’es toujours pas parvenu à tes fins, sinon, tu ne serais pas là. La maîtrise de la magie de divination est quelque chose d’inné que tu ne parviendras jamais à asservir. Si j’ai raison et que me tuer ne change rien à cela, que feras-tu ?

– Le Sorcier : Je n’aurai plus qu’à trouver une autre moire.

D’un geste assuré, Le Sorcier réduit la vieille femme en de fines pellicules de poussière jusqu’à former un petit tas au sol. Morte, l’individu ramasse au centre de l’amas une petite sphère lumineuse semblant contenir une énergie magique. Une fois cet artefact en sa possession, Le Sorcier disparaît dans une épaisse fumée noire.

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